Non mais! Ou comment l’oeil du lynx m’a sauvé la vie.

•24 juillet 2008 • Un commentaire

Ce matin, en allant travailler (c’est-a-dire à peu près maintenant), je commence ma journée dans le métro.

Alors que défilent les affiches dans un couloir, comme des platanes au bord d’une route, que j’ai un oeil sur mon téléphone et mes mails, et que l’autre hésite entre la demoiselle devant moi et surveiller la route (cornélien), l’impensable se produit! Une vieille débarque de nulle part, sans clignotant, sans crier gare, et me coupe la route. L’infraction est flagrante. C’était sans compter sur mon oeil de lynx. Il ne tient qu’à lui que je sois là à vous rapporter cette aventure… Moins une!

J’aurais même eu le temps de me faire un sandwich avant de déboiter sur la droite et d’accélérer pour dépasser ce danger public.

Quand on ne sait pas conduire, on reste chez soi. Non mais!

5 fruits et légumes par jour…

•3 juillet 2008 • Un commentaire

Couple de jeunes bobos: lui, jeans slim et t-shirt; elle, jupe blanche et t-shirt jaune bouton d’or. Ca sent le “j’me prends pas du tout au sérieux” à 100 km à la ronde.
Ca respire la lessive bio, le gel douche “j’prends soin de moi en protégeant la planète”, le “oh j’ai regardé Ushuïa hier soir: trop mignons les petits indiens, il faut les sauver”.

Et puis Mademoiselle arbore un petit sac en toile blanc cassé, sans aucun doute en coton bio tissé par un paysan bio et équitable. On peut y lire aisément la mention bio et bien pensante suivante: “une bonne alimentation se prépare dès le marché”…

La scène se passait à un comptoir Mc Donald’s.

Et moi pendant ce temps-là, je tenais la chandelle…

•28 juin 2008 • Un commentaire

C’est “un petit peu” l’été ce soir: 20° dehors, des nuages bas et gris et une légère brise qui fait oublier la lourdeur du temps. Underground, la lourdeur fait honneur à sa définition. Dans une rame de métro, on frise les 40°: c’est sardines city là-dessous. Et puis c’est vendredi soir: fin de journée donc des gens frais comme des gardons, vendredi donc encore plus de monde… A se demander pourquoi d’ailleurs!

Arrêt en station: on décharge, on recharge… Encore plus de sardines!

Trois jeunes montent: deux garçons, une fille. Elle, tenue de circonstance, porte une robe blanche sur ses cheveux chatains clairs. Ballerines blanches: mais où sont donc les tongs? Eux, tous les deux d’ailleurs, portent un t-shirt blanc sur une paire de jeans et des mocassins: blancs pour l’un, noirs pour l’autre. C’est leur unique signe distinctif. Comme si cela ne suffisait pas, ils portent un sweat capuche blanc, tous les deux, le même… Etrange défi au mercure que voilà! Parce que pour tout dire, je pourrai affronter la toundra avec un de ces sweat…

On s’installe dans la rame, Mademoiselle se colle à Monsieur. Mademoiselle couvre Monsieur de bisous. Mademoiselle enlace Monsieur de ses poulpesques bras. Monsieur souffle un peu, dit qu’il a chaud, qu’il est fatigué. Et Mademoiselle compatit. Mais Mademoiselle continue, colle, embrasse, poulpise… Chaude soirée pour Monsieur. Trop?

A trop les observer, j’en oublie notre troisième compère: mocassins blancs. Tandis que nos deux amis se bécotent, ou plutôt que Monsieur se fait bécoter, lui s’est installé à côté de moi. Impassible, absent, invisible. Je ne sais pas où ils vont, je ne sais pas ce qu’ils ont prévu ce soir mais une chose est certaine: s’ils passent la soirée tous les 3, mocassins blancs s’en souviendra en se disant “et moi pendant ce temps-là, je tenais la chandelle”.

Matt est de retour…

•26 juin 2008 • 7 commentaires

La suite d’une initiative étonnante et sympathique, par un Américain qui ne sait pas danser…




Je ne résiste pas à la tentation de mettre celle-ci, pour l’idée, et aussi pour la musique:

Ca sent la prune!

•13 juin 2008 • 3 commentaires

Groupe de jeunes: maillots de foot sur le dos et grandes gueules. Si vous avez passé les derniers mois sur Mars, ils se chargent de vous rappeler que ce soir il y a match, et pas n’importe lequel. L’équipe de France, celle qui fédère dans la victoire, qu’on conspue quand elle perd, joue un match capital pour son avenir dans l’euro 2008. En ce moment, on ne sait pas trop si on doit afficher son soutient ou pas, il y a du flottement dans la décision, les maillots se font encore rares. Remarquez, c’est peut-être pas plus mal, ça fait un poil beauf. Non?

Nos amis jeunes ont déjà tout planifié: bières-pizza, les rayons du Francprix sont vides, les vessies bientôt pleines. Ce soir c’est tf1 sinon rien! Les stations défilent, un portable sort d’une poche: Martin Solveig, “Zidane y va marquer”… Comptez pas trop dessus, il a la migraine.

Si on ne gagne pas, on va nous rabâcher les oreilles avec des calculs savants auxquels même moi n’y comprend rien (et pourtant, j’ai un certain bagage): s’il fait plus de 21°C et qu’il ne pleut pas, si le défenseur italien a la gastro et si le pizzaiolo avait oublié les pepperonis sur la pizza, on peut être qualifiés si on marque 2.3 buts contre l’Italie, alors que dans le même temps, le capitaine des Pays-Bas déclare forfait pour pouvoir rentrer en urgence parce que sa femme vient d’accoucher de quadruplés. Planquez-vous v’la les Pays-Bas, il va y avoir du sport…

En attendant, on se gare en créneau à la va-vite pour arriver à l’heure devant le nouveau LCD acheté pour l’occasion: ça sent la prune!

1590

•13 juin 2008 • 8 commentaires

Aujourd’hui, j’ai passé mon temps à compter et à observer: de manière automatique, compulsive, exhaustive.

Première constatation, on croise beaucoup de monde dans une journée: 1590 en ce qui me concerne. Je ne compte ni les caniches, ni les furets! Ca fait beaucoup de gens à qui on pourrait parler, des destins qui croisent le notre et qui ne le recroiseront probablement pas. Mais ça arrive, quand même! Que parmi la foultitude et le plus grand nombre de l’agglomération parisienne, on croise en un improbable lieu, quelqu’un que l’on connaît, ou, fait plus extraordinaire encore, quelqu’un que l’on ne connaît pas, mais qu’on a déjà remarqué! Je dois bien croiser 4 à 5 personnes par jour dont je ferais bien la connaissance. Jamais encore par deux fois…

Il ressort de cette expérience un grand tableau coloré, nuancé, où l’on trouve de tout, et même plus… La fresque est dans le désordre, mais ça n’a pas grande importance:

Des blancs, des noirs, des jaunes, des oranges même (voir un médecin d’urgence, ou changer d’autobronzant…)! Des costumes (rayés, ou pas), jupes, robes, jeans. Des brun(e)s, blond(e)s, rousses, blancs, un peu jaunes, des indéterminés même! Des qui dorment dans le métro, d’autres qui crient, jouent, téléphonent. Une coiffeuse, des valises, un violon, des poussettes, des sacs à mains en veux-tu en voilà, des sacs à dos, sacoches, ordinateurs, téléphones. Des boucles d’oreilles à la gloire de Chanel (original pour un jeune homme…), des lunettes de soleil (tendance mouche et aviator), des conducteurs de métro, des éboueurs, des chauffeurs de taxi, un serveur qui se croit comique, des gens pressés, des enfants, des publicités (plein!), une contrebasse, des décolletés, des parapluies, un casque démesuré, relié à un appareil ridiculement petit, un permis de construire, un yucca, du pop corn, des tongs (vive la tong), des sandales (avec ou sans chaussettes…), des (franchement) gros(ses), des fils de fer. Un joli couple, des cheveux violet, une gothique, 2 blagues pas drôles, des chaussettes qui ne vont pas avec les chaussures.

Au chapitre des gens connus: presque Pavarotti, ou Laurent Ournac, au choix! En respectivement plus petit et plus gros. Presque Lionel Jospin, en moins frisé et plus bouffi. Presque Jean Reno, en moins carré! Presque Tom Cruise aussi (au cinéma), en plus marrant!

Pour terminer, des trombes d’eau et un orage: foutu temps, y’a plus de saisons…

C’est l’été!

•11 juin 2008 • Un commentaire

Au moins aujourd’hui… Selon mes collègues de bureau, qui le tiennent du toujours très bien informé présentateur de la méteo, ça ne va pas durer… En attendant, on râle parce qu’il fait trop chaud!

Retour du boulot, en métro, comme toujours. Elle vient s’asseoir en face de moi. Ça sent le gel douche des iles: les vacances avant l’heure. Une jupe noire à motifs fleuris blancs, un débardeur noir bordé de dentelles. Accessoire indispensable, la petite tong Puma noire, rehaussée du logo de la marque, en rose! Simple, très seyant. De longs cheveux châtains encadrant de grands yeux noirs qui vont et viennent dans la rame, de droite à gauche. Et de gauche à droite! Elle a cette insouciance de la personne qui prend son temps.

Changement de ligne: couloirs, escaliers… Une jupe attire mon oeil: mauve, bleu, jaune, verte. Savament mariées, ces couleurs s’accordent plutôt bien et s’assortissent parfaitement avec le jupon kaki et noir que la demoiselle porte en dessous. Un t-shirt prune complète ce bouquet pastel estival. Jolie blonde aux longues boucles, son parfum fleuri ajoute encore à l’ambiance festive du jour.

Encore des tongs! Marrons, surmontées d’un blanc coquillage: la plage avant l’heure. J’ouvre une parenthèse: merci à l’été pour les tongs. Seul chaussant assez socialement implanté pour supplanter la ballerine qu’on nous sert à toutes les sauces depuis trop longtemps. Je ne nie pas, c’est joli!  Mais, point trop n’en faut! Couplez ça au mouvement de grande ampleur qu’est celui de la tektonik: c’en est trop! Merci donc à l’été.

Parenthèse refermée, notre jolie blonde se ballade au milieu de la foule avec son Sami: homme de compagnie à la coiffure façon caniche, pantalon beige et t-shirt kaki. Très important: les lunettes de soleil sur le nez. Sur la ligne 4: c’est indispensable! Surtout quand on descend à Cité: attention l’éclairage! Y’a de quoi rendre dépressif un euphorique chronique…

“Tu peux faire demi-tour si tu veux”. Sami est prévenu: y’a de l’orage dans l’air. Pour nous aussi, qui avons trop voulu croire que l’été s’était installé durablement! Demain sera un jour un peu plus normal où l’on pourra entendre dire: “foutu temps, y’a plus de saisons”.

Blackberry

•11 juin 2008 • Laisser un commentaire

Il traverse une partie de l’unique rame et s’assoit sur le strapontin à côté de moi. Bien sapé: Jeans, t-shirt kaki à motif et pull blanc sous le bras. Une montre carrée, au bracelet originale: une lanière de cuir qui fait deux fois le tour du poignet. 35 ans, BGBC: beau gosse bien coiffé!

Il mâchonne son chewing-gum à grands coups de prémolaires, à un rythme tel qu’il a déjà dû en extraire tout le goût depuis bien longtemps. Pendant ce temps, il consulte son Blackberry. Ou plutôt non, il ne le consulte pas. Il n’a pas de messages mais, dans un mouvement rotatif compulsif, son poignet ne peut s’empêcher de lui présenter l’écran de l’engin diabolique pour qu’il puisse constater la dure réalité: il n’a pas d’amis… Il faut dire que vérifier 9 fois en l’espace de 4 stations, il faudrait être président de la République pour recevoir un mail toutes les 23 secondes!

Les nouveaux maux de notre société sont terribles. Les nolife n’ont plus de vie, les bobos et les hommes d’affaires s’accrochent à leur téléphone jusqu’à plus d’heure. Résultat: on se vrille les pouces. Ah bah sans entrainement, c’est fatal ma pauv’ Lucette. Tout fout l’camp mon pauv’ Léon, qu’elle va me répondre…

Fatiguée

•6 juin 2008 • Laisser un commentaire

Elle est assise, et, ligne 3 oblige, tourne le dos au quai quand je passe à sa hauteur. Je prends place à côté d’elle, sans savoir qui elle est, comme toujours. En face de nous, le reflet trop sombre dans la vitre de la rame ne me permet pas de discerner son visage. Ses cheveux châtains, longs, ornés de quelques mèches légèrement blondes ondulent sur sa veste de cuir. Son sac, noir, doublé de vert prairie et percé de quatre trous repose sur ses genoux de jeans bleu. Ses bras sont croisés, sa tête un peu en avant. J’aperçois à peine la pointe de son nez derrière ses cheveux. Elle semble à la fois impatiente et fatiguée. Cet état, c’est le lot des gens fatigués: percevoir le temps d’une manière différente, déformée. Elle est pressée de rentrer, vérifie son téléphone au fond de son sac. Pourquoi le fait-elle? Elle sait pertinemment que personne ne l’a appelée, ne lui a envoyé de message. Parce qu’elle lutte contre cette fatigue. Tout son corps agit pour rester éveillé, tandis que ses bras croisés, ses cheveux pendants le long de son visage, l’enferment à l’abri du monde extérieur. Six arrêts plus tard, elle descend. Elle va trouver l’air frais, marcher, et retrouver un peu de cette énergie qu’elle a laissée, las, sur ce siège du métro.