Fatiguée

Elle est assise, et, ligne 3 oblige, tourne le dos au quai quand je passe à sa hauteur. Je prends place à côté d’elle, sans savoir qui elle est, comme toujours. En face de nous, le reflet trop sombre dans la vitre de la rame ne me permet pas de discerner son visage. Ses cheveux châtains, longs, ornés de quelques mèches légèrement blondes ondulent sur sa veste de cuir. Son sac, noir, doublé de vert prairie et percé de quatre trous repose sur ses genoux de jeans bleu. Ses bras sont croisés, sa tête un peu en avant. J’aperçois à peine la pointe de son nez derrière ses cheveux. Elle semble à la fois impatiente et fatiguée. Cet état, c’est le lot des gens fatigués: percevoir le temps d’une manière différente, déformée. Elle est pressée de rentrer, vérifie son téléphone au fond de son sac. Pourquoi le fait-elle? Elle sait pertinemment que personne ne l’a appelée, ne lui a envoyé de message. Parce qu’elle lutte contre cette fatigue. Tout son corps agit pour rester éveillé, tandis que ses bras croisés, ses cheveux pendants le long de son visage, l’enferment à l’abri du monde extérieur. Six arrêts plus tard, elle descend. Elle va trouver l’air frais, marcher, et retrouver un peu de cette énergie qu’elle a laissée, las, sur ce siège du métro.

~ par inconnus le 6 juin 2008.

Laisser un commentaire